LE SENEGAL FETE SES 50 ANS D'INDEPENDANCE

Les Evêques ,en action de grâce, interpellent le peuple et ses gouvernants.



INTRODUCTION :
Chers compatriotes, en cette année 2010, le Sénégal, à l’instar de seize autres pays du continent, célèbre le cinquantième anniversaire de son indé-pendance. Pour notre pays, la célébration de la fête nationale du 4 avril coïncide de façon providentielle avec la fête chrétienne de Pâques, qui commémore la Résurrection de Notre Seigneur Jésus Christ, fondement de la foi chrétienne. « Pâque » signifie « passage » et célébrer Pâques c’est bien faire le passage avec le Christ vers la plénitude de la vie en Dieu notre PAIX, c’est raviver notre espérance.
Cette heureuse coïncidence est perçue par nous chrétiens comme une grâce de Dieu. Et ce don de Dieu est « Paix ». Jésus, mort et ressuscité, « Re-demptor hominis - Rédempteur de l’homme », est allé à la rencontre de ses disciples, comme il vient aujourd’hui à la rencontre de chaque homme, en ces termes : « La paix soit avec vous » !
En souhaitant la paix à toute la Nation Sénégalaise, aux filles et fils de ce pays, vivant actuellement sur le territoire national comme à l’extérieur, nous, Evêques du Sénégal, voudrions, avec vous, vivre cet événement marquant notre commun cheminement, à la lumière de la Parole de Dieu et de la Doc-trine sociale de l’Eglise. Notre parole d’Eglise se veut alors une contribution à l’espérance renouvelée et à l’instauration d’un monde nouveau, fait de res-pect de la dignité et des droits de chaque citoyen, de la répartition équitable des biens, toutes choses nécessaires à l’établissement d’un Sénégal de justice et de paix.
Chers Compatriotes, un regard sincère et objectif sur cette longue marche de notre histoire nous invite précisément à l’action de grâce à Dieu pour sa sollicitude constante, à la lucide reconnaissance des ombres et erreurs qui ont jalonné cette marche, et à une vraie conversion des cœurs soutenue par des résolutions effectives en vue d’un lendemain meilleur.
1 - Des motifs d’action de grâce
« Un Peuple, un But, une Foi », telle est la devise de notre chère Nation. L’événement de joie, qui unit tous les fils du pays et les hôtes vivant parmi nous, devrait nous amener à remercier le Créateur pour ses bienfaits, pour l’inspiration, la persévérance et l’abnégation insufflées à des hommes et à des fem-mes qui ont su conduire notre pays à l’indépendance en sauvegardant la paix, et dont les actions ont marqué l’Histoire du Sénégal, tout au long de ces cinquante années.
De fait, des efforts réels de développement sont perceptibles dans les dif-férents domaines de la vie de notre jeune nation, qui ont donné des résultats tant que nos institutions et notre démocratie ont été respectées et restent fermes, bien que toujours menacées. A titre d’exemple, sans exclure le do-maine économique et celui des politiques sociales, la responsabilisation du citoyen, au plan personnel et communautaire, par la mise en œuvre de la politique de la décentralisation ayant pour objectif l’implication et la parti-cipation des collectivités locales, est un motif de satisfaction. Il en est de même du système éducatif qui ne se limite pas à l’alphabétisation, mais qui, dans ses orientations, prend en compte la formation tout au long de la vie. Elle va des tout-petits, avec un nombre croissant de garderies d’enfants et de classes, à l’apprentissage d’un métier, à la formation professionnelle et tech-nique adéquate. Elle se poursuit, si les conditions le permettent, c’est-à-dire les aptitudes intellectuelles, à l’université et à la recherche, ainsi qu’aux mé-tiers auxquels elles préparent. Elle comporte plus particulièrement la scolarisa-tion des filles et leur maintien à l’école. Ce sont là autant de signes d’une vo-lonté réelle de promouvoir une éducation pour le développement, que vient renforcer le projet d’implanter un Collège d’Enseignement Moyen (CEM) dans chaque Chef-lieu de Communauté rurale, ainsi que la multiplication des lycées. A propos de la santé, il convient de se féliciter des initiatives de soli-darité par le biais des Mutuelles de santé. De bonnes volontés et des Organi-sations Non Gouvernementales appuient certaines d’entre elles. Des avan-cées sont enfin perceptibles en matière d’hydraulique, de téléphonie et d’électrification rurale.

2 – La paix
Pourrait-on ne pas rendre grâce à Dieu pour la paix et la convivialité ? Le Concile Vatican II nous rappelle de ce point de vue que « la paix est le fruit d’un ordre inscrit dans la société humaine par son divin fondateur, et qui doit être réalisé par des hommes qui ne cessent d’aspirer à une justice plus parfaite. Elle n’est jamais chose acquise une fois pour toutes, mais sans cesse à construire » (Concile Vatican II, Constitution pastorale « Gaudium et Spes » (l’Eglise dans le monde de ce temps, N°78). C’est dans cette perspective, pour donner une impulsion nouvelle à cette force transformatrice en nous, que le souhait de paix à notre pays peut se décliner en quelques défis, facettes de l’idéal de paix : Paix don de Dieu, Paix et vérité, Paix et droits humains, Paix et éducation, Paix et dialogue. Ces diffé-rentes significations de la paix ont été au centre de la réflexion durant la IIème Assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des Evêques ; nous de-vrions à notre tour les méditer et les approfondir.
Paix don de Dieu
La paix dont nous parlons est un don de Dieu. Jésus-Christ « est venu pro-clamer la paix, paix pour vous qui étiez loin et paix pour ceux qui étaient pro-ches » (Ep 2. 17). Notre paix est Jésus-Christ. « Je vous donne ma paix », dit Jésus (Jn 14, 27). Il nous appartient de le fructifier, le conserver et de le pro-pager autour de nous, mais d’abord de le vivre en nous. La paix est vécue dans le cœur de l’homme comme don de Dieu, avec pour mission de la transmettre.
Paix et vérité
La Paix don de Dieu est vérité. Elle est inséparable de la vérité, elle-même inséparable de la justice. Autrement dit, sans vérité, il ne peut y avoir ni paix, ni justice. La recherche de la vérité permet de connaître et de prendre la me-sure des situations d’injustice et de rupture de paix. Bien connaître la vérité permet de prendre les dispositions pour éviter ou corriger l’injustice, d’identifier, pour les écarter, les causes des fausses vérités, des fausses justices ou même des fausses paix. Mais il faut aller plus loin encore et dépasser l’approche humaine de la vérité. La fluctuation qui caractérise l’humain, no-tre capacité de simulation, de calcul ne sont pas une garantie de stabilité. Il faut dépasser le relativisme. D’où le recours nécessaire à la foi, à la dimension religieuse de la vérité. L’éducation à la paix est aussi éducation au dialogue, contre l’intolérance, la haine et la violence. L’esprit de paix, c’est l’esprit d’unité, c’est l’esprit de dialogue.
Paix et droits humains
Le Sénégal, dans son ensemble, durant la première moitié de ce cinquan-tenaire, et en partie, durant ces deux dernières décennies, a connu une sta-bilité et une paix relatives reconnues par la communauté internationale, parce que les droits à la liberté d’expression, d’association, les libertés syndi-cales et politiques ont été dans une certaine mesure sauvegardées.
Une société démocratique n’étant jamais pleinement achevée, nous de-vons constamment y tendre, car la situation des populations ne peut être améliorée, si les droits humains ne sont pas pris en compte. Et il y a une inter-dépendance entre ceux-ci et la paix, aussi bien dans son maintien que dans sa culture et sa promotion.

Paix et dialogue
La montée de l’intolérance religieuse dans le monde d’aujourd’hui ne peut pas nous laisser indifférents. Si notre pays a connu jusqu’à ce jour la paix entre ses communautés, qui vivent depuis toujours dans une parfaite harmo-nie, dans la convivialité et la fraternité, nous devons en remercier le Créateur. Ce don de paix, nous devons le mettre à l’œuvre dans le dialogue perma-nent entre les religions. L’appel des autorités religieuses au dialogue inter-religieux est le signe qu’elles ont conscience de leur responsabilité dans l’avenir de la paix dans le monde. L’avancée des lumières et de la science ont pu faire croire que la paix était l’affaire de la seule raison. La paix est aussi l’affaire du religieux. L’Eglise catholique n’a pas manqué l’occasion, ces der-niers temps, d’insister sur son désir de mener le dialogue avec toutes les cultu-res et toutes les religions, particulièrement avec l’Islam. Elle a reconnu les va-leurs spirituelles, morales et socio-culturelles de l’Islam et des autres religions, et invité leurs représentants à un dialogue « franc » et « sincère ». Au Sénégal, et depuis toujours, nous nous sommes engagés dans cette voie.
Notre profond souci de promouvoir cette paix nous conduit à reconnaître à côté de ces signes positifs des signes négatifs qui interpellent.
3 – Des réalités négatives
Chers compatriotes, conscients de la réalité d’un ordre économique et social injuste au plan international, nous voudrions souligner ici des facteurs externes et internes. Il s’agit, en autre, de l’ignorance de la masse populaire, du manque de formation, du chômage, de la pauvreté de la banlieue, des politiques de désengagement de l’Etat, des privatisations risquées… tout cela aggravé par le Programme d’Ajustement Structurel (PAS) imposé par le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale, ainsi que les règles de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC).
L’injustice de cet ordre économique se lit à travers la détérioration des termes de l’échange, la politique de subvention des produits agricoles, l’endettement et le poids du service de la dette. A cela s’ajoutent nos respon-sabilités propres : les discours sans horizons, la corruption, les détournements, la désespérance de la jeunesse face à l’avenir, les comportements des ci-toyens et des dirigeants, l’indiscipline, l’impunité, la violence multiforme…
Quelles sont d’ailleurs nos références éthiques et morales aujourd’hui ? Quels modèles pour le Sénégal et les Sénégalais ? Que dire des litiges à pro-pos des terres ?
Malgré les efforts déployés par les gouvernements et les partenaires, force est de reconnaître que des problèmes cruciaux demeurent en ville comme à la campagne.
A considérer les situations de conflit, particulièrement celui de la Casa-mance témoin de la moitié de nos 50 ans d’indépendance, les scènes de violence entre individus, dans les familles, dans les lieux de travail, au sein ou entre les partis politiques et dans la rue, la paix comme valeur et vertu semble avoir moins de résonance dans notre Pays.
Oui, prenons bien conscience combien « l'actualité montre amplement la faillite du recours à la violence comme moyen de résoudre les problèmes politiques et sociaux. La guerre détruit, elle ne construit pas; elle affaiblit les fondements moraux de la société et elle crée de nouvelles divisions et des tensions durables » (Jean-Paul II, message 1er janvier 1999, Journée Mondiale de prière pour la Paix, N°11).

4 - Appels
Le thème de la Paix convient alors à ce grand rendez-vous du premier cinquantenaire de notre République. C’est pourquoi, nous, Evêques du Sé-négal, avons choisi de vous inviter à un regard de foi et d’espérance sur notre attitude face à notre droit et notre devoir de construire la paix, pour ce pays que nous avons reçu des générations précédentes, et devons transmettre à celles qui viennent. A cette occasion, il nous revient d’interpeller notre cons-cience individuelle et collective, de citoyen et de croyant, à propos de paix.
C’est là notre rôle de Pasteurs et guides spirituels, attentifs aux clameurs qui montent de partout, soucieux d’accompagner, d’enseigner, de réconfor-ter et d’encourager, afin que les cœurs reviennent vers Dieu, et que nous puissions faire le passage vers un monde de paix durable. Le développement harmonieux du pays et la promotion de l’homme sénégalais ne s’improviseront pas. C’est à nous de les bâtir sur le roc solide et inébranlable :
- du respect de la dignité humaine inhérente à toute personne ;
- du droit à la propriété privée ;
- du sens du bien commun ;
- de la destination universelle des biens, avec une option préférentielle pour les pauvres ;
- du respect de la création et de l’environnement ;
- de la vérité et de la justice garantes de la paix sociale ;
principes intangibles qui traduisent la vision chrétienne de l’homme, de la so-ciété et du monde. C’est particulièrement à cela, au cours de ces dernières décennies et à travers son Enseignement social, que l’Eglise catholique, par exemple, par la voix de Sa Sainteté le pape Benoît XVI, appelle les personnes de bonne volonté : « à réfléchir sur différents aspects d’une convivialité ordonnée, à la lumière de la raison et de la foi » ; et il ajoute : « c’est ainsi qu’est née une synthèse de la doctrine sur la paix, une sorte de lexique concernant ce sujet fondamental : un lexique simple à com-prendre pour qui a l’esprit bien disposé, mais en même temps extrêmement exigeant pour toute personne sensible au sort de l’humanité » (Message 1er janvier 2004, JM de prière pour la Paix, N°3).


CONCLUSION
Chers compatriotes, en attendant de revenir ultérieurement sur ce cin-quantenaire dans une Lettre Pastorale, nous vous invitons à recueillir dès maintenant ce don précieux de la paix, en acceptant de devenir des arti-sans de paix, afin d’êtres filles et fils à la ressemblance de Dieu, notre Créa-teur et Père. « Lève-toi et marche », disait Jésus au paralytique de l’Evangile. (Jn 5, 8). L’heure est au passage urgent du simple « dire » au « faire ». Un peu-ple de foi est un peuple d’espérance. Quelles que soient les difficultés ren-contrées, le développement de la Nation est possible, et demeure pour nous tous le beau combat. A travers nous, Evêques et Pasteurs, c’est l’Eglise du Sé-négal, qui vous demande d’ouvrir de nouvelles voies de solidarité, et de mo-biliser, à tous les niveaux, les énergies capables de favoriser notre épanouis-sement intégral.
Au terme de ce premier cinquantenaire de notre République, puisse l’aube nouvelle, qui s’offre à nous, trouver, par la prière et l’engagement de tous, une cité où le germe divin de paix fleurira et s’offrira à tous.
En compagnie de la Vierge Marie, Mère du Christ, Mère de l’Eglise et du genre humain, confions au Christ Libérateur l’avenir de notre Nation. Bonne et joyeuse fête à tous !


Fait Dakar Le 13 mars 2010
Les Evêques du Sénégal :
╪ Emce Théodore Adrien Cardinal SARR,
Archevêque de Dakar
┼ Mgr Jean Noël DIOUF, Evêque de Tamba-counda,
Président de la Conférence Episco-pale
┼ Mgr Benjamin NDIAYE, Evêque de Kaolack,
Vice Président
┼ Mgr Jacques SARR, Evêque de Thiès
┼ Mgr Maixent COLY, Evêque de Ziguinchor
┼ Mgr Jean Pierre BASSENE, Evêque de Kolda
┼ Mgr Ernest SAMBOU, Evêque de Saint – Louis


Jeudi 8 Avril 2010
Ambroise Tine
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Au nom de mes collaborateurs, Abbé Alphonse Seck, Secrétaire Général et l'ensemble des membres de notre Confédération Caritas Sénégal, je vous souhaite la bienvenue et vous exprime notre joie de vous accueillir.

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Sur le chemin du service de l'Amour et la Solidarité au Sénégal et dans le monde, .vos idées et suggestions nous sont précieuses et les attendons pour mieux progresser ensemble.

Bonne visite et que la bénédiction du Seigneur vous accompagne tous les jours!
 
Son Excellence Mgr Jean-Pierre Bassène,
Evêque du diocèse de Kolda
Président de la Commission de Pastorale Sociale de la Conférence Episcopale
 





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